Métier d'art: restauratrice de tableaux |
Rencontre avec la restauratrice Marie Renoult qui nous accueille dans son atelier, un spacieux et lumineux bâtiment de pierres de taille et moëllons, à Camarsac, dans un lieu isolé et où elle oeuvre loin des tentations comme elle le souligne.

Photo: la restauratrice Marie Renoult nettoie un tableau
Qu'est-ce qui a éveillé chez vous ce goût, cette passion des oeuvres peintes ?
A vrai dire, je ne sais pas vraiment. Je me souviens que, petite, j’aimais copier les personnages de mes livres préférés. Ayant senti cet attrait pour le dessin, mes parents m’ont inscrite, dès 12 ans, dans des cours où j’ai pu pratiquer diverses techniques (aquarelle, huile, acrylique, fusain) et m’initier à la copie de maîtres anciens.
Pouvez-vous nous décrire
votre parcours professionnel ?
Après le bac, ma passion pour le dessin et l’art en général, m’a naturellement conduit vers des études d’histoire de l’art, que j’ai poursuivies jusqu’en maîtrise. A cette époque, mon choix professionnel m’orientait plutôt vers le métier de conservateur de musée. Cependant, suivant toujours en parallèle des cours de dessin et de peinture, j’étais frustrée par ces études très théoriques, et auxquelles manquait une approche plus technique des œuvres d’art. Un de mes enseignants m’a alors suggéré le métier de restaurateur de tableaux, dont je n’avais quasiment jamais entendu parler.
Après la maîtrise, je suis donc entrée à l’Ecole d’Art d’Avignon, qui possède une section de restauration d’œuvres peintes. Il s’agit d’une formation exigeante et riche, durant cinq ans, où toutes les techniques de restauration, les traditionnelles comme les plus modernes sont étudiées. Cette formation fait partie des quatre écoles en France dispensant cet enseignement, et dont le diplôme est reconnu par le ministère de la culture.
Tout au long de ces cinq années, des stages pratiques dans différents ateliers de restauration, en France, mais aussi à l’étranger, m’on permis de compléter cette formation et d’avoir une vision plus concrète de ce métier.
Après mon diplôme passé en 2003, je suis entrée comme salariée chez un restaurateur tourangeau, ce qui m’a permis, entre autres choses, de participer à la restauration des plafonds du château de Blois durant 9 mois.
Après la naissance de ma fille, j’ai décidé de revenir m’installer près de Bordeaux, ma ville d’adoption, et d’ouvrir mon propre atelier.
Photo de droite: Espace confiné de vernissage
Y-a t'il une part de création dans le métier de restaurateur ou dans celui de copiste ?
En principe, non, le restaurateur est avant tout au service de l’œuvre altérée. L’objectif n’est pas d’en recréer une différente, mais de lui rendre sa lisibilité, et parfois de lui redonner l’éclat qu’elle avait dans son état d’origine.
La question se pose occasionnellement lorsque des zones lacunaires importantes doivent être retouchées, et qu’il s’agit de restituer un bras, un nez, un arbre… Dans la mesure du possible, il faut toujours limiter l’invention, en essayant de retrouver le motif, en cherchant des modèles du sujet, des photos anciennes de l’œuvre, des copies faites avant que l’œuvre soit altérée peuvent aussi nous aider… Dans tous les cas, il est important que cette restauration soit documentée (en prenant des photos avant et après intervention), afin que le propriétaire soit parfaitement au courant de ce qui est original et ce qui est restauré. Un des grands principes déontologiques de notre profession est la réversibilité de l’intervention. En l’occurrence, les produits utilisés doivent pouvoir être enlevés facilement si besoin est.
Dans le même ordre d’idée, le travail de copie exige une inconditionnelle humilité. Toute la difficulté est de s’approprier le geste du maître copié sans faire entrer dans la copie sa propre patte.

Jusqu'où pensez-vous qu'une restauration d’œuvre d'art doit aller ?
Tout est fonction de l’œuvre elle-même, et de la volonté de son propriétaire.
Sur un même tableau, il peut y avoir plusieurs degrés de restauration, mais toujours dans le respect de l’œuvre et de son sens.
Avant chaque restauration, je discute toujours avec le propriétaire pour établir avec lui le traitement idéal en fonction de son envie, son budget et le temps qu’il m’accorde pour la restauration. Par exemple, certains veulent que leurs tableaux soient impérativement dévernis, et d’autres préfèrent que l’œuvre conserve sa patine et qu’elle reste « dans son jus ».
L’important est que la restauration ne trahisse jamais la volonté de l’artiste, et que l’œuvre ne perde pas son sens.
Quel type de surprise pouvez-vous rencontrer en restaurant un tableau ?
Il m’est arrivé de retrouver des signatures ou des inscriptions cachées sous un vernis jauni, qui peuvent apparaître lors du dévernissage.
Souvent j’ai dû « dé-restaurer » un tableau, c'est-à-dire enlever une ancienne restauration (parce qu’elle était de mauvaise qualité ou mal adaptée à l’œuvre). En retirant d’anciennes retouches de mauvaise qualité, il m’est arrivé de redécouvrir des détails originaux, que le « restaurateur » avaient recouvert, ce qui constitue une aberration déontologique.
Quelle restauration vous a le plus marquée ?
La restauration d’un tableau très abîmé est toujours un bon souvenir car, à la fin du travail, j’ai vraiment l’impression d’avoir redonné vie à un grand malade. Je garde en mémoire un très joli tableau représentant un mariage, très jaune, dont la toile était totalement déformée, et entièrement lacérée par de grandes déchirures. Une fois rentoilé, déverni et retouché, l’œuvre avait retrouvé vie, le résultat était spectaculaire.
Sur quel tableau ou oeuvre d'art rêveriez-vous de travailler ?
Bien sûr, restaurer l’œuvre d’un grand maître comme Vermeer ou Léonard de Vinci serait un privilège, car cela me permettrait d’approcher au plus près la technique du peintre et d’en comprendre toutes les subtilités et la complexité…
Cela dit, ce n’est pas toujours le fait de travailler sur une œuvre célèbre, qui est intéressant pour moi, c’est surtout le traitement qu’il y a à y faire. Se pencher sur une œuvre très altérée est pour moi une sorte de « défi technique » toujours passionnant.
Avez-vous, ou souhaitez-vous avoir des relations avec le monde de l'Education, les scolaires ?
Pour le moment je n’ai jamais eu de contact avec l’éducation nationale ou un public d’élèves.
Mais, je ne suis pas réticente au fait de leur parler de mon métier, cela pourrait faire naître des vocations…
Avez-vous, ou souhaitez-vous avoir des contacts avec des musées aquitains ou des monuments historiques locaux ?
Je travaille régulièrement avec le musée des beaux-arts de Bordeaux.
Mon diplôme de l’école d’Art d’Avignon me permet en effet d’être agréée par les monuments historiques et de pouvoir travailler sur les œuvres des musées de France.
Cela dit, une grosse partie de ma clientèle est constituée de particuliers, qui ont parfois chez eux des œuvres que les grands musées pourraient leur envier !
Quelle influence peut avoir votre installation en Entre-deux-mers sur votre travail ?
J’habite à Bordeaux, mais mon activité est situé à Camarsac, où j’ai trouvé un atelier grand, lumineux, et très au calme, ce qui est un avantage non négligeable pour la pratique de ce métier.
Cette base géographique n’est jamais très éloignée de ma clientèle, qui est en grande majorité située entre Libourne et la CUB.
Ainsi, mes déplacements professionnels m’amènent peu à peu à découvrir tout l’Entre-deux-mers et plus généralement la Gironde.
Exemple de restauration d'un tableau fortement dégradé:

Pour en savoir plus sur le métier de restaurateur, consultez le site de la Fédération française des conservateurs-restaurateurs
Marie Renoult Restauratrice d'oeuvres peintes
24 chemin de loupes 33750 Camarsac
05 56 39 91 19 / 06 18 81 15 07
L'atelier est ouvert sur rendez-vous
Site Internet: http://www.marierenoult.com/