Colères de Garonne

 

Inondations de 1770

 Inondations de 1930

 

 

 

 

Naissant dans les Pyrénées au pic de la Maladetta (à 1800 mètres d’altitude), la Garonne passe par Toulouse et draine le bassin Aquitain. Les inondations de grande ampleur (1770, 1772, 1807, 1855,1875, 1930 1952 ou encore plus récemment en 1981…) ont été engendrées par une importante pluviométrie dans le bassin de la Garonne et parfois aggravées par la fonte des neiges dans les Pyrénées pour les crues ayant eu lieu au printemps, comme ce fut le cas pour celle de 1770, la montée des eaux étant souvent envenimée par des bourrasques de vent et la configuration, le relief du terrain.

 

 

 

 

Avril 1770, une crue légendaire : Etat des lieux

 

 

A Cadillac : “ Plusieurs parties de maisons croulées dans la ville ; les fours des boulangers détruits et croulés en partie. Hors la ville, les garde-fous du pont de la mer emportés ; des arbres renversés et arrachés ; des charpentes enlevées ; des préclotures détruites, murs abattus ; chais, cuviers, écuries détruits ; vaisseaux vinaires, vin, paille, foin et quantité d’effets perdus ; l’hôpital considérablement endommagé, l’eau y étant entrée partout de la hauteur de 4 pieds1, des sépultures s’y étant ouvertes et s’y étant formé des creux.

Cerons 1930Dans la paroisse de Loupiac, plusieurs maisons, chais et cuviers croulés en partie, n’y restant que quelques portions de murs qui supportent des parties de charpentes, objet très considérable de dépense pour être réparé ” ; (…) “ la pêche devenue impraticable pour l’avenir par les précipices que les eaux ont creusés le long de cette pêche ; les prairies et domaines de la communauté, ravagés et considérablement ensablés et mis à découvert aux moindres débordements à venir.

Point de mention de bétail ; rien de particularisé

Procès verbal des jurats des 9 et 10 avril 1770. ” (…)

 

A Caudrot : le procès-verbal d’un juge requis pour constaté les dégât datant du 20 avril 1770 fait état de : “ 29 maisons entièrement rasées, 11 endommagées, et menaçant une ruine prochaine, les matériaux ou perdus ou brisés, les meubles enlevés ou rompus, une partie du mur de la ville, renversée ou prête à l’être, d’environ 40 toises2 de longueur sur 6 de hauteur, et une d’épaisseur. Ces pertes évaluées dans le verbal, article par article, à la somme totale de 42.610 livres3. La majeure partie de la plaine, où l’eau de rivière n’était jamais montée, ensablée et en plusieurs endroits chargée de gravier, de manière que les fonds propres au froment, le seront à peine pour le méteil4, principalement dans le lieu appelé le Grava. Il n’est point parlé de bétail ”

 

Photo: Sauveteurs à Cérons (face à Cadillac) - mars 1930

 

CéronsA l’Isle Saint Georges et Cambes : Registre paroissial de l’Isle St Georges signé du curé Laville, Docteur en théologie : “ Le 2 avril 1770, les neiges ayant fondu dans les Pyrénées, les eaux commencèrent à déborder le 6 avril considérablement ; elles entrèrent dans la cuisine de bas, chais et cuviers de la cure, de 4 pieds. Nous espérions qu’étant venues aussi hautes, ce qui n’était pas arrivé depuis 1652, selon les écrits qu’on trouva, elles n’augmenteraient plus, mais nos espérance s’évanouirent et nous fûmes tous dans une alarme continuelle, lorsque le sept, à 4 heures du soir, nous vîmes les eaux croître de six pieds. Les habitants furent obligés de quitter leurs maisons pour se réfugier sur le haut du Château et d’y conduire leur bétail. Personne ne se noya à l’Isle, excepté quelques bœufs.

Le bourg de Cambes, sur le rivage, fut inondé jusqu’à la porte de l’église ou elle n’entra que par les fondements ; les sépultures furent abaissées, quoiqu’on ne vit point d’eau dans son église. ou 5 maisons ou chais s’écroulèrent ; personne ne se perdit. Notre église de l’Isle eut de l’eau jusque sur l’autel ; elle respecta notre tabernacle de deux pouces. Je ne connus pas même qu’il y eut d’humidité. Il y eut un vent d’ouest très violent qui continua cinq jours et qui faisait élever les eaux plus qu’elles n’auraient fait de beaucoup. Les ornements et les livres furent sous l’eau qui fut sur le rebord du cabinet dans la sacristie où l’ont met les ornements qu’on lava (…). Aucune maison de l’Isle ne s’écroula. Enfin, le huit, elles commencèrent à perdre (je dis les eaux).

M’étant trouvé par hasard à Cambes pendant le débordement, avec M.Cornic, il passa la rivière pour donner du pain et du secours à tous les habitants de notre Isle. Il en tira plusieurs de leur maison, malgré le grand courant des eaux qui coupèrent les câbles des navires à Bordeaux, qui furent plus bas que Blaye et qui furent très maltraités se frappant les uns contre les autres. (…).

Ce que j’ai raconté contient vérité sans aucune augmentation. Au contraire, j’en dis plutôt moins que plus. Ceci peut pour nos successeurs afin qu’en pareil cas ils puissent y prendre garde et avoir des bateaux pour se secourir entre eux. Je prie ceux qui liront ceci ou qui l’entendront lire, de prier Dieu pour moi, en offrant le saint sacrifice de la messe. Nous sommes obligés de faire carreler ou paver toute notre église (…).

A l’Isle Saint Georges, le 24 avril mil sept cents soixante dix

Laville, curé ”

Etiage de Cadillac 

 

A Langon : “ Dans la ville et les différents quartiers : 809 maisons écroulées ; dans plusieurs autres, des murs ou écroulés ou crevassés ; dans quelques-unes, l’eau est entrée par les fondements, et a détrempé les murs qu’on a été obligé d’escorrer ; dans 5 églises, le carrelage défait, des enfoncements formés, les ornements gâtés, quelques murs abattus ; murs de clôture de cours ou de jardins abattus ; meubles et quantité de foin gâtés ou emportés ; blé en grenier gâté ; quantité de merrain5, osier, cerceaux, planches, barres fortes et échalas en magasin des commerçants emportés ; 4 tanneries endommagées, leurs outils, ustensiles et marchandises perdus.

Dans la paroisse de Touleines : 18 maisons, chais ou cuviers entièrement écroulés ; plusieurs autres en partie ; des planchers et charpentes enlevés ; meubles, effets, vaisseaux vinaires, pressoirs et bois de chauffage emportés ; l’échalas dans des vignes enlevé en entier. (…)

Procès-verbal des échevins6, du 25 avril 1770

Ils disent qu’ils ne peuvent estimer tout le dommage mais que personne n’a péri , ni aucun bétail perdu. ”

 

Photo: A l'étiage de la Porte de la mer à Cadillac, le 7 avril 1770, l'eau monte à 12 m 60 (1) - le 6 mars 1930, elle atteint 11 m 77 (2).

 

Lire la lettre du Juge de La Réole au Procureur général Dudon concernant l’ampleur du sinistre à La Réole

 

Notes:

1. 1 pied = 0,3248 mètres

2. 1 toise = 6 pieds ou 2 mètres environ

3. Livre : Ancienne monnaie de compte, représentant à l’origine un poids d’une livre d’argent

4. Méteil : Seigle et froment mêlés qu’on sème et récolte ensemble

5. Merrain : Bois de chêne débité en planches destinées surtout à la tonnellerie

6. Echevin : Magistrat municipal

 

Inondations de 1930

 

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